Pourquoi ai-je toujours besoin de tout contrôler ?

Tu prévois tout.

Tu anticipes les problèmes avant même qu’ils existent.

Tu aimes savoir où tu vas, comment les choses vont se dérouler et ce que chacun doit faire.

Et lorsqu’un imprévu vient bouleverser ce que tu avais prévu, tu peux rapidement te sentir agacée, stressée ou complètement déstabilisée.

Alors peut-être qu’on t’a déjà dit :

« Tu devrais lâcher prise. »

Comme s’il suffisait de décider de moins contrôler pour y parvenir.

Mais si ton besoin de tout contrôler avait une fonction ?

S’il ne s’agissait pas simplement d’un défaut à corriger, mais parfois d’une façon de rendre certaines situations plus prévisibles et donc plus faciles à vivre ?

Comprendre cette fonction peut être beaucoup plus intéressant que d’essayer de t’obliger à lâcher prise.

Aimer que les choses soient organisées n’est pas un problème

Commençons par quelque chose d’important.

Aimer prévoir, organiser et anticiper ne signifie pas que tu as un problème psychologique.

Le contrôle fait partie de notre quotidien.

Préparer son agenda, anticiper ses dépenses, organiser ses vacances ou vérifier une information importante peut être parfaitement adapté.

Et le sentiment d’avoir une certaine maîtrise sur ce qui nous arrive est généralement associé à de meilleurs indicateurs de bien-être.

La question n’est donc pas :

« Est-ce que j’aime contrôler les choses ? »

Mais plutôt :

« Que se passe-t-il en moi lorsque je ne peux plus les contrôler ? »

C’est là que la différence devient intéressante.

Quand le contrôle devient une façon de réduire l’incertitude

Imagine.

Tu pars en week-end avec plusieurs personnes.

Tu veux savoir à quelle heure vous partez.

Qui conduit.

Où vous mangez.

À quelle heure vous arrivez.

Ce qui est prévu le lendemain.

Quelqu’un te répond :

« On verra sur place. »

Et cette phrase te crispe immédiatement.

Pourquoi ?

Pas nécessairement parce que tu veux décider pour tout le monde.

Peut-être simplement parce que ne pas savoir te met profondément mal à l’aise.

En psychologie, les chercheurs s’intéressent notamment à ce qu’ils appellent l’intolérance à l’incertitude : la tendance à réagir négativement, émotionnellement, cognitivement ou comportementalement à une situation incertaine.

Parmi les dimensions étudiées, on retrouve notamment un besoin de prévisibilité. L’intolérance à l’incertitude est également liée aux inquiétudes et apparaît dans plusieurs difficultés psychologiques, sans être pour autant synonyme à elle seule de trouble psychologique.

Autrement dit, lorsque ne pas savoir est particulièrement inconfortable, chercher davantage de contrôle peut être une manière de réduire cette incertitude.

Femme découvrant un changement imprévu sur son téléphone

Anticiper peut rassurer… au moins momentanément

C’est là que le comportement devient très logique.

Si ne pas savoir ce qui va arriver te met mal à l’aise, prévoir peut te rassurer.

Tu fais des listes.

Tu vérifies.

Tu envisages plusieurs scénarios.

Tu demandes confirmation.

Tu essaies d’avoir un plan B… puis éventuellement un plan C.

Et lorsque tout semble enfin cadré :

« Voilà. Maintenant, je peux souffler. »

Le problème n’est pas d’avoir prévu.

Le problème peut apparaître lorsque ta tranquillité dépend de ta capacité à tout prévoir.

Parce qu’il restera toujours une part d’incertitude.

Tu ne peux pas contrôler la réaction d’une autre personne.

Tu ne peux pas savoir exactement comment se déroulera une journée.

Tu ne peux pas empêcher tous les imprévus.

Et plus tu essaies d’obtenir une certitude totale, plus la moindre chose qui échappe au plan peut devenir difficile à supporter.

Les travaux sur l’intolérance à l’incertitude décrivent justement des pensées et comportements destinés à diminuer cette sensation d’incertitude, comme l’inquiétude, la recherche de réassurance ou certains comportements d’évitement.

« Si je le fais moi-même, au moins je sais que ce sera fait »

Le besoin de contrôle peut aussi apparaître dans des situations extrêmement quotidiennes.

Tu délègues quelque chose… mais tu vérifies derrière.

Quelqu’un te propose de s’occuper d’une tâche… mais tu préfères finalement la faire toi-même.

Tu donnes des consignes très précises.

Ou tu as du mal à laisser quelqu’un faire les choses autrement que toi.

Pas nécessairement parce que tu considères que les autres sont incapables.

Mais parce que déléguer implique quelque chose de particulier :

accepter de ne plus maîtriser exactement la manière dont les choses vont se passer.

Et pour certaines personnes, c’est beaucoup plus inconfortable qu’il n’y paraît.

Cela peut même participer à la charge mentale : tu aimerais qu’on t’aide davantage, mais en même temps, laisser réellement quelqu’un prendre le relais peut être difficile.

Femme laissant une autre personne prendre en charge une tâche du quotidien

Derrière le contrôle, il n’y a pas une seule explication

C’est ici que je veux être particulièrement prudente.

Sur les réseaux sociaux, on trouve facilement des affirmations comme :

« Si tu contrôles tout, c’est parce que tu as vécu telle blessure. »

Ou :

« Les personnes contrôlantes ont forcément peur de l’abandon. »

La psychologie ne permet pas d’établir une correspondance aussi simple.

Deux personnes peuvent avoir exactement le même comportement pour des raisons très différentes.

Chez l’une, l’incertitude sera particulièrement difficile à supporter.

Chez une autre, il pourra y avoir une peur de faire une erreur.

Chez une autre encore, une forte exigence envers elle-même.

Ou simplement une habitude d’organisation devenue très présente.

Les recherches montrent que l’intolérance à l’incertitude constitue un facteur transversal associé notamment à l’inquiétude et à différentes difficultés émotionnelles. Mais cela ne permet pas de déterminer automatiquement pourquoi toi, personnellement, tu ressens ce besoin de contrôle.

Et c’est justement pour cela que l’exploration individuelle est importante.

Pourquoi « lâche prise » ne suffit pas

Si contrôler certaines situations te permet de te sentir plus rassurée, on comprend mieux pourquoi entendre :

« Arrête de vouloir tout contrôler » ne change pas grand-chose.

Tu peux parfaitement savoir intellectuellement que tu ne peux pas tout maîtriser.

Et malgré tout ressentir une vraie tension lorsque quelque chose t’échappe.

C’est un point important : comprendre un fonctionnement ne signifie pas automatiquement que la réaction émotionnelle disparaît.

Tu peux même te dire : « Je sais que ce n’est pas grave. » …tout en continuant à ressentir exactement l’inverse.

Et si tu observais ce qui se passe lorsque tu ne contrôles pas ?

Plutôt que de commencer par : « Comment arrêter de tout contrôler ? » essaie éventuellement d’observer une situation très concrète.

Quelqu’un change le programme au dernier moment.

Tu confies une tâche sans vérifier derrière.

Tu pars quelque part sans avoir préparé chaque détail.

Et tu observes.

Qu’est-ce qui apparaît ?

Une inquiétude ?

De l’agacement ?

Une impression que quelque chose va mal se passer ?

La peur de devoir gérer les conséquences ?

L’impression que tu ne peux compter que sur toi ?

Ou simplement un inconfort difficile à expliquer ?

Il ne s’agit pas de chercher absolument un traumatisme derrière ta réaction.

Il s’agit simplement de passer de :

« Je suis comme ça, j’ai besoin de tout contrôler »

à :

« Qu’est-ce que j’essaie d’éviter ou de retrouver lorsque je contrôle ? »

Et la réponse peut être différente pour chacune.

Peut-on apprendre à laisser davantage de place à l’imprévu ?

L’objectif n’est évidemment pas de devenir désorganisée.

Il ne s’agit pas non plus de te forcer brutalement à abandonner tous tes repères.

Tu peux commencer beaucoup plus simplement.

Laisser quelqu’un choisir le restaurant sans regarder le menu avant.

Déléguer une petite tâche et ne pas vérifier immédiatement.

Accepter qu’une sortie ne soit pas organisée à la minute près.

Laisser volontairement un petit détail sans réponse.

Puis observer ce que cela provoque en toi.

L’idée n’est pas :

« Je dois réussir à lâcher prise. »

Mais plutôt :

« Je peux peut-être apprendre progressivement à tolérer que tout ne soit pas parfaitement prévisible. »

Les approches psychologiques qui travaillent spécifiquement sur l’intolérance à l’incertitude cherchent notamment à modifier la relation à cette incertitude ; la littérature la considère comme un processus modifiable plutôt qu’une caractéristique totalement figée.

Massage bien-être favorisant un moment de détente avant une période de vacances

Quand le besoin de contrôle nous amène vers l’émotionnel

Dans mes accompagnements, ce qui m’intéresse n’est donc pas de dire à une femme :

« Tu dois lâcher prise. »

J’aurais plutôt envie de comprendre avec elle ce qui se passe précisément lorsqu’elle n’a plus cette maîtrise.

Parce que c’est parfois là qu’apparaît une réaction émotionnelle intéressante à explorer.

Avec TEDMI©, par exemple, l’objectif est de rechercher l’origine d’une réaction émotionnelle et de travailler sur l’expérience ou la mémoire émotionnelle à laquelle elle semble être associée.

Imaginons donc qu’une personne ne supporte pas qu’un proche change ses plans au dernier moment.

Nous n’allons pas décider :

« Ton besoin de contrôle vient forcément de ton passé. »

Nous partons plutôt de ce qu’elle ressent réellement dans cette situation.

Si une réaction émotionnelle précise apparaît, TEDMI© permet alors d’en rechercher l’origine selon la méthode et de travailler sur ce qui reste émotionnellement chargé.

Cela ne signifie pas que nous avons identifié une « cause médicale » ou psychologique au sens diagnostique du terme.

C’est un travail de libération émotionnelle, dans le cadre de ma pratique de bien-être.

Selon la problématique rencontrée, je peux également m’orienter vers RTMO© ou LBE©.

Échange entre une praticienne en libération émotionnelle et une cliente

Le massage peut aussi montrer à quel point il est difficile de ne plus gérer

Il y a d’ailleurs un endroit où cette question du contrôle apparaît parfois d’une façon très différente : sur la table de massage.

Pendant une heure, tu n’as rien à organiser.

Tu n’as pas besoin de savoir quelle zone je vais masser dans cinq minutes.

Tu n’as rien à produire.

Tu peux simplement recevoir.

Et pourtant, pour certaines femmes, ne rien avoir à gérer n’est pas si évident.

Les pensées continuent. Elles essaient d’anticiper. Elles restent attentives à ce qui va se passer ensuite.

Cela ne signifie pas forcément qu’elles ont « un problème de contrôle ».

Mais cela peut simplement faire prendre conscience de quelque chose :

même lorsqu’on me donne la possibilité de ne plus rien gérer… est-ce que j’arrive réellement à laisser quelqu’un d’autre prendre le relais ?

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Praticienne réalisant un massage bien-être dans une ambiance propice au lâcher-prise

Tout contrôler n’est peut-être pas le véritable problème

Finalement, ton besoin de tout contrôler n’est pas forcément quelque chose qu’il faut combattre.

Il peut être plus intéressant de comprendre à quoi il te sert.

Est-ce qu’il t’aide à diminuer l’incertitude ?

À te rassurer ?

À éviter une erreur ?

À ne pas dépendre des autres ?

À ne pas ressentir quelque chose d’inconfortable ?

Je ne peux pas connaître la réponse à ta place.

Mais peut-être que la prochaine fois que tu te surprendras à vouloir absolument tout anticiper, tu pourras remplacer :

« Il faut vraiment que j’apprenne à lâcher prise. »

par une question beaucoup plus douce :

« Qu’est-ce qui me met autant en difficulté dans le fait de ne pas savoir ou de ne pas maîtriser ? »

Parce que parfois, comprendre ce que le contrôle essaie de faire pour toi est déjà une autre manière de commencer à le regarder.


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