Migraine dès le premier jour de congés, fatigue qui vous tombe dessus une fois les valises posées, rhume qui apparaît pendant un week-end prolongé…
Certaines personnes ont réellement l’impression de tenir pendant des semaines à un rythme intense, pour finalement tomber malades au moment précis où elles peuvent enfin souffler.
Ce phénomène a même reçu un nom : le leisure sickness, que l’on pourrait traduire par « maladie des loisirs ».
Mais est-ce réellement le stress qui « retombe » ? Le corps attend-il vraiment les vacances pour tomber malade ?
La réalité est un peu plus nuancée.
Le « leisure sickness », un phénomène étudié
En 2002, les chercheurs Ad Vingerhoets, Maaike van Huijgevoort et Guus Van Heck, de l’Université de Tilburg aux Pays-Bas, ont publié une étude pilote consacrée au leisure sickness.
Ils se sont intéressés aux personnes rapportant régulièrement des symptômes pendant leurs week-ends ou leurs vacances plutôt que pendant leurs périodes de travail.
Environ 3 % des personnes interrogées se reconnaissaient dans ce phénomène pendant les vacances. Parmi les symptômes les plus fréquemment rapportés figuraient les maux de tête ou migraines, la fatigue, les douleurs musculaires et les nausées. Des infections virales, notamment des symptômes grippaux et des rhumes, étaient également fréquemment signalées pendant les vacances.
Les chercheurs ont surtout retrouvé certaines caractéristiques chez les personnes concernées : une charge de travail importante, un fort besoin de réussite, un sens élevé des responsabilités et davantage de difficultés à s’adapter au passage du travail au repos.
Cela ressemble probablement déjà à certaines d’entre vous…
Mais il faut apporter une nuance importante : le leisure sickness reste un phénomène étudié et non une explication médicale permettant d’affirmer pourquoi une personne tombe malade pendant ses vacances.
Les auteurs eux-mêmes indiquaient que de futures études étaient nécessaires pour tester les mécanismes susceptibles de l’expliquer.
Pourquoi peut-on se sentir mal lorsque les vacances commencent ?
C’est tentant de dire :
« Mon corps a tenu jusqu’aux vacances et, quand le stress est retombé, il a tout lâché. »
Cette sensation peut correspondre à une expérience réelle, mais on ne peut pas affirmer scientifiquement que le corps attend d’avoir la permission de se reposer pour laisser sortir une maladie.
Plusieurs éléments peuvent entrer en jeu.
Il y a d’abord la transition elle-même. Passer brutalement d’un rythme très soutenu à une période où les contraintes diminuent peut être difficile pour certaines personnes. C’était justement l’une des caractéristiques rapportées par les participants de l’étude sur le leisure sickness.
Mais les vacances apportent aussi leurs propres changements : voyage, sommeil différent, modification des habitudes, préparation du départ…
Et parfois, il peut simplement s’agir d’une maladie qui serait apparue à ce moment-là indépendamment des vacances.
Il n’existe donc pas une explication unique.
Et quand on est indépendante ?
C’est un sujet qui me parle particulièrement.
Lorsque l’on travaille à son compte, partir en vacances ne signifie pas forcément arrêter de penser au travail.
Il faut parfois concentrer davantage de rendez-vous avant le départ. Anticiper une période avec moins ou pas de chiffre d’affaires. Répondre aux dernières demandes. Organiser son absence.
Puis vient la préparation personnelle : les valises, les enfants, les papiers, le trajet, ce qu’il ne faut surtout pas oublier…
Et une petite voix peut continuer à souffler :
« Il faut que j’en fasse le maximum avant de partir parce qu’après, je ne travaille pas. »
Ce fonctionnement n’est évidemment pas propre à toutes les indépendantes. Mais lorsqu’on se reconnaît là-dedans, on peut arriver au premier jour des vacances déjà épuisée par la préparation des vacances elles-mêmes.
Difficile alors d’appuyer instantanément sur un bouton « repos ».

Personnellement, c’était plutôt… les blessures
C’est là que mon expérience est un peu différente du leisure sickness décrit dans l’étude.
Je me suis plusieurs fois blessée pendant mes vacances.
La dernière fois, dès le deuxième jour, j’ai développé une importante tendinite au poignet.
J’en ai parlé avec un ostéopathe et notre échange m’a amenée à réfléchir à ma façon d’aborder mes congés.
Étant à mon compte, je réalisais que je ne m’autorisais pas vraiment cette période de pause. Avant de partir, j’essayais de travailler davantage. Je pensais au chiffre d’affaires que je n’allais pas réaliser pendant mon absence. À cela s’ajoutait toute la préparation du séjour.
Cette discussion m’a fait prendre conscience d’une chose : j’arrivais en vacances sans avoir réellement commencé à ralentir.
Est-ce que cela explique médicalement ma tendinite ?
Je ne peux pas le confirmer.
Une tendinite peut avoir de nombreuses causes et le leisure sickness étudié par Vingerhoets ne permet pas d’affirmer que le fait de se blesser en vacances relève du même phénomène.
Mais cette expérience m’a poussée à observer différemment ma manière de passer du travail au repos.
Quand le même schéma se répète
Une cliente, elle aussi indépendante, m’avait raconté quelque chose de très similaire.
À chaque période de vacances, elle constatait qu’elle tombait malade ou qu’un problème physique venait perturber ses congés.
Nous avons parlé ensemble de sa difficulté à s’autoriser réellement à s’arrêter et de la pression qu’elle ressentait autour de ces périodes de repos.
Lors de ses vacances suivantes, elle m’a raconté qu’elle avait davantage anticipé cette transition et qu’elle avait pu profiter de ses congés sans rencontrer le même problème.
Là encore, il s’agit de son expérience personnelle. Cela ne permet pas d’affirmer que cette prise de conscience a médicalement empêché une maladie ou une blessure.
Mais lorsqu’un même scénario semble se répéter, prendre le temps d’observer ce qui se passe avant même le départ peut être intéressant.
Comment mieux préparer le passage vers les vacances ?
Le repos ne commence peut-être pas au moment où l’on ferme la porte de chez soi avec les valises dans le coffre.
On peut préparer aussi la transition.
- Anticiper la charge mentale : je trouve très pratique de conserver une liste dédiée aux vacances dans son téléphone ou un carnet et de la compléter au fil des années. Cela évite de tout reconstruire à chaque départ.
- Étaler les préparatifs : commencer suffisamment tôt plutôt que concentrer valises, courses et organisation sur les deux derniers jours.
- Éviter, lorsque c’est possible, de surcharger la veille du départ : terminer une journée professionnelle intense et partir immédiatement laisse peu de transition.
- Prévoir aussi le retour : reprendre à plein régime dès le lendemain peut entretenir l’impression que chaque journée de repos devra ensuite être « rattrapée ».
- S’autoriser réellement les vacances : particulièrement lorsque l’on travaille à son compte. Une activité professionnelle a aussi besoin d’une personne qui récupère.
L’objectif n’est pas d’appliquer une recette censée empêcher de tomber malade.
Il s’agit plutôt de ne pas transformer les jours précédant les vacances en épreuve d’endurance.

Et si le véritable problème était de s’autoriser à lâcher prise ?
Pour certaines personnes, se reposer est facile.
Pour d’autres, ne rien faire provoque presque une forme d’inconfort.
Les pensées continuent. On culpabilise. On pense à ce qu’on aurait pu faire pendant ce temps. On anticipe déjà le retour.
C’est justement cette difficulté à passer du travail au non-travail qui ressortait chez certaines personnes concernées par le leisure sickness.
Et c’est là que je trouve intéressant de ne pas travailler uniquement sur l’organisation des valises, mais aussi de se demander :
Pourquoi ai-je autant de mal à m’autoriser à m’arrêter ?

Comment le massage et TEDMI© peuvent accompagner ce lâcher-prise ?
Avant une période de vacances, un massage bien-être peut offrir un premier temps de ralentissement.
L’objectif n’est évidemment pas d’empêcher de tomber malade pendant les vacances. Le massage ne prévient ni les infections ni les blessures.
Il permet simplement de s’accorder un moment où l’on arrête de faire, d’organiser et d’anticiper pour revenir davantage aux sensations et au moment présent.
TEDMI© permet d’explorer une autre dimension.
Lorsque la difficulté à s’arrêter s’accompagne d’une pression émotionnelle — culpabilité à ne rien faire, besoin permanent d’être productive, peur de perdre du chiffre d’affaires, difficulté à s’autoriser du temps pour soi — nous pouvons rechercher l’origine de cette réaction émotionnelle et travailler sur ce qui reste associé à cette expérience.
L’objectif n’est pas de traiter le leisure sickness, une maladie ou une blessure.
Il s’agit de travailler sur ce qui peut émotionnellement rendre le repos difficile à s’autoriser.

Et si je tombe réellement malade pendant mes vacances ?
Vacances ou pas, un symptôme reste un symptôme.
Une douleur importante, une blessure, une fièvre persistante ou tout symptôme inhabituel doit être évalué comme il le serait à n’importe quel autre moment de l’année.
Et si vous remarquez simplement que vous avez tendance à vous sentir particulièrement fatiguée ou à développer certains symptômes lorsque vous vous arrêtez, cela peut être intéressant d’en parler à votre médecin et d’observer parallèlement votre rapport au repos et la façon dont vous préparez vos périodes de congés.
Le but n’est pas de tout attribuer au stress.
Mais parfois, comprendre que l’on ne sait plus vraiment s’arrêter constitue déjà une information intéressante sur la manière dont on prend soin de soi.
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Pourquoi je me réveille fatiguée malgré le repos ?
Suggestions de lecture :
- Pour explorer une lecture symbolique du corps : Le Grand Dictionnaire des malaises et des maladies, Jacques Martel, et Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi, Michel Odoul. Ces ouvrages proposent des interprétations symboliques et ne constituent pas des références médicales permettant d’établir la cause d’un symptôme..